La folie Almayer

La folie Almayer



Quelque part en Asie du Sud-Est, une petite fille est arrachée des mains de sa mère. Le père, blanc, obsessif, instable, ne veut pas qu’elle grandisse dans cet environnement primitif. Nina doit être envoyée à l’internat. La métisse doit recevoir une véritable éducation. Lisez : une éducation européenne. Le racisme et le colonialisme sont deux des sujets abordés par Chantal Akerman dans cette adaptation du roman de l’incomparable Joseph Conrad. Akerman modifie les accents. Elle atténue le mélodrame et ne s’intéresse pas seulement à cet expatrié profondément malheureux, pas à sa place, qui veut s’enrichir mais qui, privé de sa fille, sombre de plus en plus dans la folie. Elle s’attache aussi à Nina, qui n’accepte pas d’être cachée chez les blancs. La scène d’ouverture fait espérer un nouveau sommet dans l’œuvre singulière et diversifiée de la cinéaste. Sur la scène d’un bar glauque, un beau jeune homme chante Sway de Dean Martin. Il est poignardé. Au fond, une des danseuses continue comme si rien ne s’était passé. Quand on lui fait remarquer la mort, elle entame un chant en latin. Ça pourrait ressembler au nouveau film de David Lynch (qu’il ne veut pas faire). Hélas, la suite est tout aussi énigmatique mais moins palpitante ou profonde. Les dialogues pesants, les monologues contemplatifs, l’atmosphère étouffante et le sérieux de l’ensemble rendent difficile de s’identifier aux personnages de cette tragédie noire.

La folie Almayer ••
BE, FR, 2011, dir.: Chantal Akerman, act.: Stanislas Merhar, Aurora Marion, 127 min.